Pourquoi le projet de scission d’EDF est une erreur ? (Les Échos)

Le 13 septembre 2019 |

Couper l’entreprise en deux est d’une grande Ă©trangetĂ©, selon les dĂ©putĂ©s Olivier Dassault, Daniel Fasquelle, Olivier Marleix, Eric Woerth et un collectif de dĂ©putĂ©s LR. C’est ouvrir aux financements privĂ©s ce qui a le moins besoin d’argent, la distribution, et refermer sur un Etat prisonnier de ses contraintes budgĂ©taires le nuclĂ©aire, qui a des besoins colossaux.

 

L’Europe se cherche des champions industriels. Cela tombe bien : la France a EDF, deuxième producteur d’Ă©lectricitĂ© au monde derrière le chinois China Guodian Corp. Hormis le rĂ©gime de retraite des Ă©lectriciens, EDF est une bĂ©nĂ©diction pour la France : elle lui apporte une indĂ©pendance Ă©nergĂ©tique improbable pour un pays aux faibles ressources fossiles, une Ă©lectricitĂ© parmi les moins chères en Europe (près de deux fois moins qu’en Allemagne), ce qui profite aux citoyens et aux entreprises, et enfin, grâce Ă  la combinaison nuclĂ©aire/hydraulique, une Ă©mission de CO2 par habitant parmi les plus faibles des pays dĂ©veloppĂ©s (moitiĂ© moins que l’Allemagne).

En 2005, sous l’impulsion de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy a transformĂ© le vieil Ă©tablissement public EDF en sociĂ©tĂ© anonyme

Ce « miracle EDF » n’est pas le fruit du hasard. Voulue par le gĂ©nĂ©ral de Gaulle Ă  la LibĂ©ration pour donner au pays les moyens de sa reconstruction, l’entreprise a Ă©tĂ© soutenue par tous les gouvernements, et a su s’adapter. En 2005, sous l’impulsion de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy a transformĂ© le vieil Ă©tablissement public EDF en sociĂ©tĂ© anonyme, permettant d’ouvrir son capital et d’internationaliser l’entreprise devenue un acteur mondial prĂ©sent en Europe, en Afrique, en Asie et en AmĂ©rique du Sud.
EDF doit aujourd’hui relever de nombreux dĂ©fis, principalement dans le nuclĂ©aire, qui absorbe la majeure partie de ses 15 milliards d’investissements annuels : la livraison des EPR, le grand carĂ©nage du parc nuclĂ©aire français. Elle doit aussi assurer sa compĂ©titivitĂ© et relever les dĂ©fis de l’avenir : le stockage de l’Ă©nergie, la rĂ©utilisation des dĂ©chets nuclĂ©aires, les microcentrales, au service du dĂ©veloppement en Afrique notamment.
RĂŞve de financier ou projet industriel ?
C’est le moment qu’a choisi le gouvernement pour imposer une Ă©trange rĂ©forme qui coupe l’entreprise en deux. D’un cĂ´tĂ©, « EDF Bleu » (le nuclĂ©aire, les barrages, RTE), de l’autre, « EDF Vert » (la distribution, les services, le renouvelable). Bleu serait renationalisĂ© dans un cocorico trompeur, Vert, qui lui a tout pour plaire, ouvert au marchĂ© Ă  35 %.
La grande Ă©trangetĂ© de ce qui ressemble plus Ă  un rĂŞve de financiers qu’Ă  un vĂ©ritable projet industriel, c’est d’ouvrir aux financements privĂ©s ce qui a le moins besoin d’argent, et de refermer sur un Etat prisonnier de ses contraintes budgĂ©taires Bleu, qui a des besoins colossaux. D’entrĂ©e de jeu, un modèle Ă©conomique qui ne repose pour Bleu que sur le prix de revente administrĂ© de l’Ă©lectricitĂ© ne fonctionne pas, et il est dangereux de faire le pari que, sous ce nouveau schĂ©ma, la Commission europĂ©enne relâchera suffisamment la contrainte sur les prix.

Quelle est la stratĂ©gie de l’Etat pour Bleu, le coeur d’EDF : structure de dĂ©faisance condamnĂ©e Ă  un lent dĂ©clin ou outil de conquĂŞte de nouveaux marchĂ©s ? Qui gardera la dette ? Qui portera la R & D ? Si EDF a des besoins capitalistiques, rien n’empĂŞche l’Etat d’autoriser une augmentation de capital, quitte Ă  diluer sa part prĂ©pondĂ©rante (83,7 % au 30 juin 2019).
La force d’EDF, c’est son intĂ©gration, formidable outil au service de la transition Ă©nergĂ©tique. Pourquoi la mettre Ă  mal ? Pourquoi ce projet est-il celui du gouvernement et non celui de l’entreprise ? Quels intĂ©rĂŞts sert cette scission ? Ni ceux de l’Etat, qui a bĂ©nĂ©ficiĂ© en 2018 de près de 600 millions d’euros de dividendes, ni ceux des clients particuliers pour qui l’Ă©nergie est un service public, ni ceux des entreprises pour qui le prix de l’Ă©nergie reste un enjeu crucial de compĂ©titivitĂ©.
Eric Woerth, Olivier Marleix, Olivier Dassault, Daniel Fasquelle, Patrick Hetzel, Nicolas Forissier, Claude Goasguen, Didier Quentin, Gilles Lurton, François Cornut-Gentille, Virginie Duby-Muller, Damien Abad, Raphaël Schellenberger, Aurélien Pradié, Patrice Verchère, Laurent Furst, Jean-Pierre Door, Julien Dive, Mansour Kamardine, Jean-Claude Bouchet, Emmanuel Maquet, Fabrice Brun, Valérie Beauvais, Frédérique Meunier, Jean Jacques Gaultier, Jean-Yves Bony, Michel Herbillon, Jean-Luc Reitzer, Vincent Descoeur, Eric Diard, Jean-François Parigi, Eric Ciotti, Guillaume Peltier, Annie Genevard, Nadia Ramassamy, Marie-Christine Dalloz, Valérie Lacroute, Bérengère Poletti, Frédéric Reiss, Charles de la Verpillière, Josiane Corneloup et Gilles Carrez.